La Roumanie reste une destination de choix pour les investissements français avec de multiples avantages Vous êtes depuis 2014, Conseiller Consulaire pour la Roumanie et la Moldavie, pouvez-vous revenir sur votre parcours exceptionnel et nous décrire en quoi consistent vos missions ?

En effet, il existe beaucoup de liens entre mon parcours professionnel et la représentation des Français en Roumanie. Tout a commencé après la chute du régime communiste de Bucarest, en 1990. En tant qu’avocate française inscrite au Barreau de Paris, j’ai été appelée à assister un grand groupe français à s’installer en Roumanie, puis j’ai entamé une collaboration avec un des BIG4 pour réaliser des audits juridiques pour les privatisations en Roumanie. Les premiers projets ont été suivis par d’autres, année après année, au fur et à mesures que les entreprises françaises étaient plus nombreuses à s’intéresser à la Roumanie.

J’ai assumée la mission de bâtir des ponts entre les deux pays, auxquels je me sens fortement attachée, par ma naissance et mon éducation.

En 2002, j’ai ouvert le Cabinet de Bucarest qui s’est rapidement affirmée comme un des premiers cabinets francophones du pays, animé par des avocats dotés d’une double culture juridique franco-roumaine.

Mon contact avec les expatriés français de Roumanie, avec la communauté à laquelle j’appartiens a été toujours important. Je ne ferme jamais non téléphone. C’est une habitude et non plus une stratégie. Ensuite, j’ai toujours encouragé les échanges entre le deux pays, convaincue que nos valeurs communes et nos liens historiques sont la garantie du meilleur partenariat qui peut exister entre la France et la Roumanie.

C’est à cette fin que je me suis toujours associée bénévolement aux initiatives qui ont visés à encourager les échanges sociaux-culturels ou économiques, en tant qu’avocat ou membre du Conseil d’Administration de la CCIFER.

Dans un tel contexte, j’ai aussi accepté de déposer ma candidature pour un poste de Conseiller Consulaire de la France. Le Conseiller Consulaire est une sorte d’élu de proximité de la communauté française de l’étranger qui, par la force du contact permanent avec les préoccupations de celle-ci, agit en tant que porte-parole et interface avec les autorités consulaires ou parlementaires françaises.

En 2014, j’ai été donc élue par les français de Roumanie et de la République de Moldavie, Conseiller Consulaire, avec deux autres collègues pour un mandat de 6 ans. Notre mandat qui est honorifique est également inédit, car nous devons conjuguer nos efforts avec la diplomatie et veiller en même temps à ne pas outrepasser les compétences de celle-ci. En tant que Conseiller Consulaire, nous sommes également, les grands électeurs des 12 sénateurs représentant les Français établis hors de France.

Même si nous n’avons pas des compétences particulières, nous sommes un relai des problématiques relevant de nos domaines d’interventions: la protection sociale, l’enseignement et la formation professionnelle, la réponse aux questions pratiques posées presque tous les jours par la communauté française de Roumanie et de Moldavie.

Enfin, les Conseillers Consulaires assument une mission bénévole de soutien des actions françaises en Roumanie et nous pouvons accompagner parfois le Consul ou l’Ambassadeur dans leurs divers déplacements et actions publiques.

Vous avez en 1991 fondé l’un des premiers cabinets francophones spécialisés en droit des affaires en Roumanie, quel est votre regard sur le monde des affaires aujourd’hui et sur les échanges franco-roumain ?

En moins de 30 ans, une période assez courte à l’échelle de l’histoire, la Roumanie a connu un parcours extraordinaire. Elle a réussi à reconstruire, en dépit d’allers-retours inhérents, une économie de marché fonctionnelle, a mis en place un système financier moderne et des institutions compatibles avec le fonctionnement des démocraties occidentales. Cela ne fait que prouver la force de récupération immense de ce peuple extrêmement doué, animé par des valeurs européennes authentiques.

Depuis plusieurs années déjà l’économie roumaine connaît une dynamique accélérée, au-delà de la moyenne européenne, déployant toute une palette d’opportunités d’affaires pour les investisseurs.

Les français ont été parmi les premiers à y arriver. La plupart des entreprises du CAC 40 et bon nombre de leurs fournisseurs ou des PME dynamiques y sont présentes (Airbus, Auchan, Carrefour, Crédit Agricole, Michelin, Orange, Renault, Société Générale, Total, Véolia, etc. …). Ces sociétés ont une importante contribution à l’économie du pays.

D’autres entreprises françaises sont encouragées à découvrir ce pays à fort potentiel de l’Europe de l’Est, car il y a à la fois une volonté politique commune et des chiffres extrêmement encourageants : une croissance du PIB de 6,9 % en 2017, soit la plus grande de l’UE, un marché amoureux de la consommation (2/3 du PIB roumain), une fiscalité encore douce (16% d’impôt sur les sociétés et 10% d’impôt sur le revenu), des ressources naturelles importantes, une proximité géographique et … plus de 600 ans d’histoire commune franco-roumaine.

La Roumanie a toujours été animée par la volonté d’être un acteur important dans sa région et la France a toujours été un modèle et un partenaire privilégié de ce pays. Bon nombre des institutions modernes du pays ont été créées suivant un modèle français, aussi bien que son organisation administrative, voire même son système législatif. Le Code Civil roumain a été inspiré du Code napoléonien…

Les investisseurs français ont ainsi la chance d’intégrer en Roumanie la plus grande communauté francophone de la région et de faire valoir leur savoir-faire dans des secteurs où la Roumanie a le plus besoin d’investissements : la santé, les infrastructures, l’éducation, les services, le tourisme, l’agriculture ou encore l’agroalimentaire.

En contrepartie, la Roumanie affiche une plus grande volonté d’offrir un cadre juridique qui favorise les investissements étrangers. Le pays a adopté récemment une nouvelle législation des marchés publics, une nouvelle loi des PPP et pas mal de facilités fiscales, soit une législation destinée à faciliter et à protéger les investisseurs, à combattre la corruption.

Enfin, dans le nouveau contexte de sécurité mondiale, la Roumanie offre une certaine stabilité politique et un engagement par rapport aux valeurs européennes, même si l’approche d’une période électorale en 2019 donne lieu parfois à des dérapages déclaratifs.

La Roumanie est entrée dans l’Union européennes depuis un peu plus de 10 ans, quels changements notables se sont opérés ? Que tirez-vous comme conclusions ?

Si on considère la date d’adhésion de la Roumanie à l’Union Européenne la période qui commence 10 ans avant 2007 (la date d’admission comme membre de plein droit de l’UE) et finit à nos jours, l’impact est facile à quantifier. Un simple recours aux chiffres relève que le PIB du pays a augmenté cinq fois entre 1998 et 2018, les exportations – huit fois, l’inflation a baissée, le taux de chômage a aussi baissé significativement, le gain salarial a augmenté nettement.

L’adhésion à l’Union Européenne a donc nettement profité à la Roumanie. Elle a aussi profité à l’Europe, qui avait pris la décision de l’élargissement vers l’Est animée par un besoin d’élargir son marché et d’introduire de nouveaux partenaires pour se développer. N’oublions pas non plus que la migration de la main d’œuvre roumaine a aussi profité à une Europe qui est proie à un vieillissement accentué de sa population.

Si on ajoute à ces aspects, le fait que l’intégration a permis à la Roumanie de diversifier ses ressources financières (des fonds structurels, de cohésion ou de développement) et à accéder au plus grand marché commercial, doté du plus grand PIB au point de vue du pouvoir d’achat, alors on a l’image d’un pays pour lequel l’UE est un catalyseur de ressources.

Sur le plan externe, le statut de pays membre de l’UE et de l’OTAN, a permis à la Roumanie de gagner en termes de crédibilité aux yeux des investisseurs, qui ont lancé des investissements durables et à longue terme dans ce pays.

L’intégration de la Roumanie a été une réussite du pays et de l’Europe, même si deux autres objectifs – l’intégration dans l’espace Schengen et l’adoption de la monnaie unique – n’ont pu être encore atteints.

Les causes sont multiples et elles ont du rapport avec le rythme difficile des réformes internes dans certains domaines, en Roumanie, la mauvaise gestion des coûts sociaux et économiques de la période de transition du pays, superposées sur la plus profonde période de crise vécue par l’Union Européenne en 2008 et même après, qui a dû changer, à son tour, à plusieurs reprises les règles du jeu, surtout en matière de politique monétaire et de sécurité.

La Roumanie affiche aujourd’hui une économie en plein essor, se fait découvrir comme un réservoir de talents, qui justifie le choix des grands groupes internationaux d’installer ici leurs centres de développement régionaux, comme ce fut le cas de Renault, un pays qui a pris des mesures pour reconnaître les droits fondamentaux des citoyens, pour la protection de la propriété et qui s’apprête à assumer pour, la première fois, la présidence du Conseil de l’Union Européenne à partir du 1er janvier 2019.

Enfin, à la veille d’élections européennes majeures, quels sont les grands enjeux pour la Roumanie et l’Europe et quel message souhaitez-vous adresser aux entreprises françaises en Roumanie et à celles qui souhaiteraient s’y implanter ?

La Roumanie tout comme l’Europe se trouve devant un nouveau tournant de son existence.

L’une et l’autre doivent s’affirmer comme des voix crédibles, se mettre à l’abri du populisme et de la corruption, et prouver leur force de proposer des partenariats viables et de projets communs.

Je ne peux prévoir l’avenir, mais je peux affirmer que la Roumanie reste une destination pour les investissements français, avec de multiples avantages: il s’agit d’un pays ouvert aux investissements étrangers, qui peut fournir une main d’œuvre éduquée et accessible. Enfin, le potentiel de développement est grand dans presque tous les domaines d’activité, avec la promesse d’un rendement des investissements difficilement atteignable ailleurs en l’Europe occidentale.

J’encourage fortement tous ceux qui ont des projets d’investissements de regarder sérieusement vers la Roumanie, car il ne faut pas perdre de vue que dans les affaires les résultats de demain sont l’effet des actions d’aujourd’hui. Comme disait Antoine de Saint-Exupéry « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ».

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