Gruia Dufaut

DANA GRUIA DUFAUT: IL NE FAUT PAS SE PERDRE DANS LES PETITS DETAILS SI ON VEUT PROGRESSER

DANA GRUIA DUFAUT: IL NE FAUT PAS SE PERDRE DANS LES PETITS DETAILS SI ON VEUT PROGRESSER

Dernière mise à jour: 31 mai 2021

Vous aller bientôt fêter les 30 ans depuis que vous avez créé le Cabinet d'Avocats GRUIA DUFAUT. Quels sont les plus importants repères de l'activité du Cabinet ?

En entrant dans la profession d’avocat en France, à la fin des années 80, je ne pensais pas que j’allais bâtir mon avenir professionnel en Roumanie. En 1991, j'ai été contactée par une grande entreprise française, le groupe Colas, pour l'accompagner en Roumanie lors de la constitution d’un joint-venture, qui existe toujours d’ailleurs sur le marché local. J'ai accepté cette mission comme un défi professionnel et une opportunité de voir, en tant que professionnel du droit, comment les choses commençaient à changer en Roumanie, pays que j'avais quittée très jeune, et qui venait de s’ouvrir au monde. Cela ne représentait pas seulement une mission à accomplir pour un client important, mais aussi une expérience qui m'a ouvert un horizon inattendu en tant qu'avocate d'affaires d'origine roumaine et qui m'a amenée à tout ce qui a suivi: l'ouverture d'un bureau permanent à Bucarest, en dehors de celui de Paris, le recrutement d'une équipe de jeunes avocats roumains et francophones, mon inscription au Barreau de Bucarest, l'élargissement et la diversification des clients et des domaines d’intervention, tant dans le conseil que le contentieux. En juin 2021, je fête les 30 plus belles années d'activité de ma carrière professionnelle. En commençant mon activité en Roumanie, j'ai décidé d'offrir quelque chose de différent sur le marché des services juridiques, et le temps a prouvé la justesse de mon choix. Aujourd'hui encore, notre modèle d’affaires français nous différencie sur le marché. Nous maintenons une forte identité (veine ?!) francophone, dans le sens où le français est utilisé au bureau à la même intensité que le roumain, même si ces dernières années nous avons diversifié notre clientèle, au-delà de l’espace francophone. Nous ne sommes pas un grand cabinet et nous ne voulons pas toucher plus de 20 à 30 avocats, mais nous avons la pratique d'un cabinet d'avocats au niveau international et nous offrons des services adaptés aux besoins de chaque client.

Comment le marché juridique et la société roumaine ont-ils évolué pendant cette période ? Comment expliquez-vous qu'il y ait encore des nostalgiques de la dictature communiste ?


Le marché du droit des affaires réagit directement aux évolutions du milieu économique et aux évolutions du domaine technologique. Les transformations qui ont eu lieu dans notre domaine d'activité ont été aussi spectaculaires que celles de la société. N'oublions pas qu'avant les années 90 on ne pouvait pas parler d'avocats d'affaires en Roumanie. En effet, ce qu’on a connu en termes d’évolution de la profession en Europe occidentale au cours des 50 à 100 dernières années, en Roumanie s'est développé au cours des 30 dernières années. Le parcours est loin d'être facile, car en plus de la concurrence au sein de la profession, les cabinets d'avocats roumains sont confrontés aux défis inhérents de la mondialisation : l'expansion des grands cabinets internationaux, la délocalisation des services, le développement de nouveaux acteurs de plus en plus efficaces et difficiles à élucider, qui sont les legaltech. Au niveau de la société roumaine nous parlons du même rythme accéléré de changement. Mais malheureusement un bon nombre des transformations vécues au cours des trois dernières décennies ont été mal gérées par la classe politique et les avantages du passage d'un régime communiste à un régime démocratique, d'une économie centralisée à une économie de marché, n'ont pas été ressenties au niveau de nombreuses catégories socioprofessionnelles. L’obstination d'une « nostalgie communiste » est précisément l'un des « coûts » payés par la Roumanie pour une mauvaise gestion de la transition, accentuée par le taux alarmant d'émigration de jeunes talents ou la disparition d'industries qui auraient pu représenter un atout dans la compétitivité économique mondiale.

De quels secteurs économiques sont issus vos clients? Comment a évolué le nombre de dossiers/transactions et leur degré de complexité ?

Au fil des années, parmi nos clients on compte des entreprises de France et d'Europe qui ont investi en Roumanie dans divers secteurs, de l'industrie automobile, le machinisme, l’IT, l'énergie, l’infrastructure, jusqu’aux services et agriculture et agroindustrie. Nous fournissons également des services juridiques à un nombre important d'entreprises roumaines, dont certaines figurent dans le top des entreprises locales les plus dynamiques. Nous avons grandi en même temps que nos clients et nous avons diversifié nos domaines de pratique en fonction de leurs besoins, même si au cœur de nos compétences reste le conseil juridique en matière de : fusions et acquisitions, investissements Greenfield, marchés publics et droit contractuel. Si au début de notre activité en Roumanie on intervenait beaucoup dans des opérations de joint-venture et de privatisation, surtout après l'adhésion à l'UE le volume de services a considérablement augmenté dans des domaines tels que: droit fiscal, droit du travail, droit de la concurrence, droit européen, énergie ou litiges et arbitrage commercial. Les avocats vivent au carrefour des enjeux de l'environnement socio-économique et législatif, mais aussi de ceux que soulève chaque projet confié par le client. Nous adaptons quotidiennement nos services en fonction de leurs besoins, mais surtout, nous essayons d'anticiper quels seront ces besoins et d'avoir une longueur d'avance sur les autres.

Comment évaluez -vous l'appetit pour les investissements des entreprises que vous accompagnez en ces temps tumultueux, marqués par la pandémie ?


La pandémie a détermine une contraction variable de l'activité parmi les entreprises. En conséquence, l’appetit pour les investissements a été différent, selon le secteur d'activité de chaque entreprise. Alors que certains clients ont dû fermer leur activité pendant plusieurs mois et recourir aux différentes aides offertes par l'État, d'autres ont continué à investir et à se développer. Les projets n’ont pas manqué mais leur ampleur a été nettement inférieure. L'innovation de cette période, si on peut le dire, est le fait que presque tous on dû redéfinir leurs stratégies opérationnelles et de développement, soit en optant pour une restructuration des activités, soit pour un développement organique des opérations. A mon opinion, le plus important est qu’il y a un regain d’appétit pour les investissements et depuis le début de cette année nous avons des signes assez positifs, même si on ne peut pas espérer rapidement à un retour au niveau de l'année 2018 ou 2019, mais nous restons optimistes.

Vous êtes une présence marquante de la communauté d'affaires française du pays - administrateur de la Chambre de Commerce Française en Roumanie, Conseiller des Français Roumanie- Moldavie. Selon vous, quelles sont les valeurs de la société et de l'économie françaises que nous devrions adopter ?


Je fais partie de plusieurs communautés d'affaires, parmi lesquelles la communauté française, et par défaut j'ai accès à beaucoup de ressources. Je ne voudrais pas dire que la Roumanie doit embrasser les valeurs d'une certaine société. Cependant, la Roumanie doit adopter pleinement les valeurs démocratiques et européennes, l'état de droit, ce qu’on appelle généralement le concept de l'économie du bien-être et qui est fondé sur le principe que le bien-être des individus représente une valeur en soi , ce qui est d'une importance vitale, aussi bien pour la croissance économique que pour la productivité, pour la promotion de l'enseignement continu et pour la soutenabilité des entreprises. Enfin, si je devais dire quelque chose sur la France, je mentionnerais alors qu'elle est le septième pouvoir économique mondial, le quatrième pays exportateur au monde, elle est parmi les 10 premiers pays source d'investissements étrangers directs et compte parmis les pays qui investissent massivement dans l'éducation et la formation professionnelle. L'économie française s'appuie sur des multinationales fortes dans le domaine des services (comme la Société Générale ou le Crédit Agricole), l'énergie - avec des sociétés Total ou Engie également présentes en Roumanie, l'automobile (Renault et PSA), l'industrie du luxe (LVMH et Dior), les cosmétiques (L'Oréal), la grande distribution (Carrefour) et ainsi de suite.

En Roumanie nous devons aussi investir massivement dans l'éducation et la formation professionnelle, afin de garder dans le pays ce potentiel que représente les jeunes actifs, talentueux et bien formés, les seuls pouvant apporter le progrès qu’on attend dans le développement de la société.

Comment évaluez-vous la fiscalitédu pays et les modifications récentes de la législation ? Dans quels domaines estimez-vous qu’il faut prendre des mesures supplémentaires ?


Pour les entreprises étrangères qui investissent en Roumanie, la fiscalité locale reste toujours un atout, mais le sujet en lui-même est à débattre. Les modifications des Codes fiscal et de procédure fiscale, dont certaines étaient attendues depuis longtemps par le milieu des affaires, ont eu le rôle de donner une bouffée d'oxygène aux entreprises. Par exemple, l'intégration fiscale est, à mon avis, l'une des mesures les plus importantes, car elle permettra aux entreprises du même groupe fiscal de compenser les bénéfices avec les pertes, et elles paieront d'impôt que sur la différence. Le fait que les pertes fiscales pourront être récupérées plus rapidement sur les bénéfices d'autres sociétés du groupe, évitera des situations qu’on connait, lorsque les pertes expiraient car elles ne pouvaient pas être utilisées par les sociétés dans l’échéance de 7 ans. Une bonne mesure est aussi le fait de préserver le taux unique d'imposition de 16% ou, aussi, d'accélérer du processus de digitalisation des services publics dans le domaine fiscal.

Plus de 80% des entreprises se prononcent sur la nécessité d'un système électronique unique pour l’accomplissement de toutes les opérations fiscales, ainsi que le développement du système de communication des documents exclusivement par voie électronique.

Au niveau législatif, il y a encore des progrès à faire. Il faut non seulement adopter d'autres mesures fiscales, mais il faut aussi éliminer certaines distorsions de la législation et toutes sortes d'exemptions dont la mise en œuvre reste difficile.

Vous avez évoqué le sujet de la numérisation. Dans quelle mesure la numérisation des tribunaux renforcerait-elle la célérité des jugements ?


De manière significative ! La numérisation permettrait avant tout une communication plus rapide entre les participants à l'acte de justice, à savoir les avocats, les justiciables et le tribunal. Cela réduirait également les nombreux reports de dossiers et favoriserait le respect des délais imposés par les tribunaux. Dans l'ensemble, la digitalisation - qui est une réalité dans la plupart des États membres de l'UE – rendrait plus efficaces les procédures judiciaires pour résoudre les affaires dans un délai raisonnable. Petit à petit, les choses commencent également à bouger en Roumanie, mais le rythme n'est toujours pas satisfaisant.

On estime que le nombre d'entreprises ayant recours à des procédures d'insolvabilité devrait augmenter dans la prochaine période. Partagez-vous cette prévision ? Quels seraient les domaines les plus touchés?


On peut prévoir une augmentation du nombre d'entreprises soumises à une procédure d'insolvabilité ou de prévention de la procédure d'insolvabilité, telles que l'accord du concordat préventif, dans le but de pouvoir conclure un accord avec les créanciers pour l’échelonnement des dettes. J’estime que les plus visées par une telle mesure seront les entreprises des domaines les plus frappés par la crise de Covid-19 ; la restauration, l'organisation d'événements, le tourisme , mais aussi d’autres domaines connexes.

Où vous voyez-vous dans 5 ans, en termes de dimension du cabinet, envergure des clients et positionnement sur le marché ?


Le cabinet bénéficie d'une bonne visibilité dans la communauté des affaires, notamment francophone, et cela principalement grâce à notre équipe d'avocats, qui ont une bonne formation théorique et pratique et qui ont été impliqués dans de nombreuses transactions dans divers secteurs. Cette expérience nous procure suffisamment de ressources pour pouvoir répondre aux exigences du marché.

L'un des principaux projets pour l'avenir est de renforcer les domaines de pratique. Nous continuerons à nous concentrer sur les de fusions - acquisition, les marchés publics, les projets Greenfield, les opérations du domaine du droit immobilier, mais nous envisageons à développer nos compétences et les services dans le domaine du droit des nouvelles technologies, du RGPD et de la protection des données. Deux de nos avocates ont obtenu déjà une certification internationale dans le domaine de la protection des donnés personnelles, ce qui nous permet d'offrir des services au plus haut niveau.

Cependant, tous les projets futurs sont liés aux besoins de nos clients et à l'évolution du marché.

Notre manière de fonctionner nous permet agir dans des circonstances et des conditions imprévisibles. Notre caractère distinctif vient de la manière dont nous conjuguons ces trois ressorts internes : concentration, innovation, puissance d'action.

Comment appréciez-vous les conditions offertes aux investisseurs roumains et étrangers par les autorités locale et par l'Exécutif ?


La Roumanie reste un pays favorable aux investissements étrangers, grâce aux dimensions du marché, à la fiscalité, mais aussi aux facilités accordées aux investisseurs. De plus, la législation interne est compatible avec les normes européennes, de sorte qu’on garantie la sécurité des investissements, le droit de propriété et la libre circulation des capitaux. Je pense que la Roumanie a encore le plus à offrir dans cette région de l'Europe, mais les autorités doivent non seulement démarrer le plus rapidement possible de grands projets d’investissements ayant un rôle de propagation dans l'économie, mais aussi de les conclure dans les meilleures , assurant de la transparence et des conditions équitables pour les entreprises.

La Roumanie doit également profiter de la nouvelle orientation des investisseurs étrangers européens provoquée par la pandémie de Covid-19 de délocalisation des activités de la zone asiatique vers les pays d'Europe centrale et orientale. Ici sont à prévoir des pas concrets et je pense que nous souhaitons tous assister à d’autres grands investissements comme Renault ou Ford dans d'autres secteurs d'activité.

Quel message avez-vous pour les lecteurs de la revue Club Entrepreneur ?


Au fil du temps j'ai eu l'opportunité de travailler avec de nombreux entrepreneurs, chefs d'entreprises ou dirigeants, des plus grands groupes et entreprises jusqu’aux start-up, en Roumanie, en France et pas seulement.

La plupart d'entre eux sont venus me voir avec une idée de business ou une problématique à résoudre, avec un projet d'entreprise à accomplir. J'ai essayé de donner à chacun les bonnes solutions, mais pour cela j'ai essayé d'abord comprendre leur business, la façon dont ils voyaient les choses. Souvent je sentais qu’ils exigeaient l'impossible, mais, en même temps, je savais qu'il n'y a pas de situation sans issue.

La leçon la plus importante que j'ai apprise au cours de ces 30 années est qu’il ne faut pas se perdre dans les petits détails si on veut évoluer. Il faut toujours fixer des standards et des objectifs ambitieux pour quoi se battre . En aucun cas, il ne faut pas s’arrêter ou faire un pas en arrière, il faut s’entraîner à anticiper et avoir toujours une longueur d'avance par rapport aux autres, être proactif.

Et si, au final, on reste fidèle aux valeurs qu’on partage, on ne perd jamais. Enfin , pour paraphraser Winston Churchill, je dirais que « nous vivons de ce que nous recevons, mais nous créons notre vie et nos affaires de ce que nous offrons ».

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